- La gestion libre supprime les 0,10 % à 0,30 % annuels de la gestion pilotée, mais met la désensibilisation à votre charge.
- Les frais se cumulent sur deux étages : frais de gestion du contrat (0,50 % à 0,95 %) + frais internes du support (0,07 % pour un ETF, jusqu'à 2 % pour un OPCVM).
- Calcul sur 50 000 € à 6 % brut pendant 20 ans : 140 455 € à 0,70 % de frais totaux contre 96 645 € à 2,65 %, soit 43 810 € d'écart.
- Rester 100 % fonds en euros par défaut coûte encore plus cher : 2,6 % de rendement moyen en 2025 (France Assureurs) donne 83 544 € sur la même mise.
- Allocation par horizon : 85 à 100 % d'actions au-delà de 20 ans, 70 à 90 % de fonds en euros à moins de 5 ans, désensibilisation étalée sur 3 à 5 ans.
- Transfert possible vers un autre PER : frais plafonnés à 1 % de l'encours, nuls après 5 ans de détention.
Qu'est-ce que la gestion libre sur un PER, et pour qui ?
En gestion libre, c'est vous qui choisissez les supports de votre plan d'épargne retraite et leur pondération : fonds en euros, ETF, OPCVM, SCPI, private equity. Personne n'arbitre à votre place, et surtout personne ne prélève de frais supplémentaires pour le faire. En gestion pilotée « à horizon » — le mode par défaut du PER depuis la loi Pacte —, l'assureur ou son délégataire désensibilise progressivement votre allocation à mesure que la retraite approche, et facture ce service entre 0,10 % et 0,30 % par an en plus des frais de gestion du contrat.
La gestion libre suppose deux choses : accepter de ne pas regarder son contrat tous les lundis, et savoir que l'horizon d'un PER est structurellement long. Un plan ouvert à 40 ans se dénoue à 64 ans : vingt-quatre ans pendant lesquels l'argent est bloqué sauf accident de la vie ou achat de la résidence principale. C'est précisément ce blocage qui rend la gestion libre pertinente — il élimine mécaniquement le principal risque de l'investisseur particulier, la vente de panique en bas de cycle.
À fin juin 2025, 12,4 millions de personnes détenaient un PER pour un encours de 136,1 milliards d'euros, selon France Assureurs. La majorité de ces encours reste logée dans la gestion pilotée par défaut, faute d'un choix explicite à la souscription.
La gestion libre s'adresse donc à un profil précis : quelqu'un qui a plus de dix ans devant lui, qui comprend qu'un ETF actions peut perdre 35 % en douze mois sans que cela change quoi que ce soit à son plan, et qui veut récupérer les points de frais que la délégation lui coûte.
Quels supports peut-on réellement choisir en gestion libre en 2026 ?
L'univers d'investissement dépend entièrement du contrat, pas de la loi. Un PER bancaire distribué en agence propose souvent 20 à 40 supports maison ; un PER en ligne monte à plusieurs centaines d'unités de compte, dont les ETF sont la brique la plus intéressante pour un épargnant qui gère lui-même.
| Support | Rendement de référence | Frais internes annuels typiques | Rôle dans un PER |
|---|---|---|---|
| Fonds en euros | 2,6 % en 2025 (moyenne France Assureurs) | 0 % (déjà net) | Poche sécurisée, garantie en capital |
| ETF actions monde | Indice, non garanti | 0,07 % à 0,25 % | Moteur de performance long terme |
| OPCVM actions gérés | Indice, non garanti | 1,2 % à 2,0 % | Rarement justifié en PER |
| SCPI en unité de compte | Distribution variable | ~0,9 % à 1,2 % + frais de souscription | Diversification immobilière, faible liquidité |
| Private equity | Non coté, très variable | 2 % et plus | Poche marginale, risque de perte totale |
Deux points souvent mal compris. D'abord, les unités de compte ne sont pas garanties : l'assureur s'engage sur un nombre de parts, jamais sur leur valeur. Ensuite, le rendement du fonds en euros affiché par France Assureurs — 2,6 % en 2025, chiffre confirmé par l'ACPR à 2,65 % — est une moyenne de marché, pas une promesse pour votre contrat : l'écart entre le meilleur et le pire fonds en euros dépasse régulièrement deux points.
Le filtre à appliquer avant de souscrire. Demandez la liste complète des supports et vérifiez qu'elle contient au moins un ETF actions monde ou MSCI World à moins de 0,30 % de frais internes. Un PER sans ETF condamne la gestion libre : vous paierez la gestion active sans jamais pouvoir l'éviter.
Combien coûtent vraiment les frais superposés sur 20 ans ?
C'est le point aveugle de la plupart des comparatifs. Un PER empile deux couches de frais : les frais de gestion du contrat, prélevés par l'assureur sur l'encours en unités de compte, et les frais internes du support lui-même, déjà déduits de sa valeur liquidative. Les premiers sont affichés ; les seconds figurent dans le document d'informations clés du fonds, que personne ne lit.
Prenons trois configurations réalistes du marché 2026, sur une hypothèse de performance brute identique de 6 % par an, avec 50 000 € placés pendant 20 ans :
| Configuration | Frais contrat | Frais du support | Total annuel | Capital à 20 ans |
|---|---|---|---|---|
| PER en ligne + ETF | 0,50 % | 0,20 % | 0,70 % | 140 455 € |
| PER intermédiaire + fonds indiciel géré | 0,85 % | 0,75 % | 1,60 % | 118 299 € |
| PER bancaire + OPCVM maison | 0,95 % | 1,70 % | 2,65 % | 96 645 € |
L'écart entre la première et la troisième ligne atteint 43 810 €, soit 45 % de capital en plus, pour exactement le même marché et le même effort d'épargne. Sur un versement programmé de 200 € par mois pendant 20 ans, le même écart vaut environ 16 000 €.
Ce que cela signifie pour l'avantage fiscal. Un versement de 50 000 € déduit dans la tranche à 30 % « rapporte » 15 000 € d'économie d'impôt immédiate. Deux points de frais annuels sur vingt ans détruisent presque trois fois cette somme. Choisir son PER sur le seul argument fiscal, sans regarder l'empilement des frais, revient à gagner la bataille et perdre la guerre.
Trois autres lignes de frais méritent d'être vérifiées avant signature : les frais sur versement (0 % sur les contrats en ligne, jusqu'à 5 % ailleurs), les frais d'arbitrage (0 % ou forfaitaires) et les frais sur les arrérages de rente si vous envisagez une sortie en rente.
Comment construire son allocation selon l'horizon de retraite ?
La logique est celle de la gestion à horizon, appliquée soi-même : plus la date de liquidation est lointaine, plus la part actions peut être élevée, parce qu'on a le temps d'absorber un cycle baissier complet. Le blocage réglementaire du PER joue ici en votre faveur.
| Horizon avant la retraite | Fonds en euros | ETF actions | Immobilier / diversification | Logique |
|---|---|---|---|---|
| Plus de 20 ans | 0 à 10 % | 85 à 100 % | 0 à 10 % | Le temps absorbe la volatilité |
| 10 à 20 ans | 10 à 25 % | 65 à 80 % | 10 à 15 % | Début de sécurisation |
| 5 à 10 ans | 35 à 55 % | 35 à 50 % | 10 % | Désensibilisation progressive |
| Moins de 5 ans | 70 à 90 % | 10 à 25 % | 0 à 5 % | Protection du capital acquis |
Deux règles d'exécution valent plus que la grille elle-même. La première : programmer les versements plutôt que d'arbitrer au fil de l'eau, ce qui lisse mécaniquement les points d'entrée. La seconde : ne rééquilibrer qu'une fois par an, à date fixe, en ramenant chaque poche à sa cible. Un rééquilibrage annuel suffit à discipliner l'allocation sans multiplier les arbitrages.
La désensibilisation ne doit pas être brutale : passer de 90 % d'actions à 20 % en une seule opération à cinq ans de la retraite, c'est cristalliser le niveau de marché du jour. Étalez le mouvement sur trois à cinq ans, par paliers annuels.
Quelles erreurs coûtent le plus cher en gestion libre ?
Quatre erreurs reviennent systématiquement, et aucune ne concerne le choix du support.
- Laisser l'allocation par défaut. Souscrire « en gestion libre » sans faire de choix explicite laisse souvent 100 % du versement sur le fonds en euros. À 2,6 % par an, 50 000 € deviennent 83 544 € en 20 ans, contre 140 455 € dans la configuration ETF à faibles frais.
- Arbitrer après une baisse. Vendre les actions pour sécuriser après un recul de 25 % transforme une perte latente en perte définitive, sur un contrat qu'on ne pourra de toute façon pas toucher avant la retraite.
- Confondre frais affichés et frais réels. Le « 0,60 % de frais de gestion » d'une brochure ne dit rien des 1,8 % prélevés à l'intérieur du fonds sélectionné.
- Surpondérer les SCPI en unités de compte. La diversification immobilière est légitime, mais la liquidité dépend de l'assureur et les frais de souscription amputent la performance des premières années.
Le réflexe de contrôle annuel. Une fois par an, additionnez frais du contrat et frais internes pondérés par votre allocation réelle. Si le total dépasse 1,2 %, comparez avec un transfert : le transfert d'un PER vers un autre est possible et ses frais sont plafonnés à 1 % de l'encours, et deviennent nuls après cinq ans de détention.
Gestion libre ou gestion pilotée : comment trancher ?
La gestion pilotée n'est pas une mauvaise solution : elle est le choix par défaut du législateur précisément parce qu'elle protège l'épargnant qui ne veut rien décider. Son coût — 0,10 % à 0,30 % par an — est modeste comparé à celui d'un mauvais choix de supports.
| Critère | Gestion libre | Gestion pilotée à horizon |
|---|---|---|
| Coût annuel supplémentaire | 0 % | 0,10 % à 0,30 % |
| Choix des supports | Total | Grille imposée par le gestionnaire |
| Accès aux ETF à bas coût | Oui si le contrat les référence | Rarement |
| Désensibilisation automatique | Non, à votre charge | Oui |
| Temps à y consacrer | 1 à 2 heures par an | Aucun |
Le vrai critère n'est donc pas le coût, mais la discipline. Si vous n'avez aucune envie de rééquilibrer une fois par an ni de piloter la désensibilisation à l'approche de la retraite, la gestion pilotée d'un contrat à frais bas battra une gestion libre mal tenue. Si vous êtes prêt à consacrer deux heures par an au dossier, la gestion libre sur un contrat à 0,50 % avec des ETF est, chiffres à l'appui, la combinaison la plus efficace du marché.
Une option intermédiaire existe sur la plupart des contrats : la gestion libre sur une partie de l'encours, la gestion pilotée sur le reste. Elle permet de tester la première sans y basculer entièrement.