Vous avez une assurance-vie de plusieurs années et vous entendez parler du Plan d'Épargne Retraite (PER) et de son avantage fiscal ? L'idée de « transférer » votre contrat pour profiter de la déduction d'impôt est séduisante. Mauvaise nouvelle : ce transfert direct n'existe plus. Bonne nouvelle : une bascule bien pilotée peut rester intéressante dans des cas précis. Voici, chiffres 2026 à l'appui, ce qu'il est vraiment possible de faire et les pièges qui coûtent cher.
Selon France Assureurs, le fonds euros de l'assurance-vie a servi un rendement moyen de 2,6 % en 2025 — troisième année consécutive à ce niveau — tandis que la collecte nette atteignait 50,6 milliards d'euros. Avant de déplacer un centime, il faut comprendre que l'assurance-vie et le PER répondent à deux logiques opposées : disponibilité contre déduction fiscale.
Peut-on vraiment transférer son assurance-vie vers un PER en 2026 ?
Non, pas au sens strict. Un « transfert » suppose de déplacer l'épargne sans la racheter, en conservant l'antériorité fiscale. Or ce mécanisme n'a jamais existé de façon permanente entre assurance-vie et PER. Il a seulement existé temporairement, via l'article 20 de la loi Pacte, entre 2019 et le 31 décembre 2022.
Attention à ne pas confondre deux opérations que le web mélange souvent :
- Le transfert loi Pacte « intra-assurance-vie » (souvent appelé Fourgous) : il permet de basculer un vieux contrat vers un contrat plus moderne chez le même assureur, en gardant la date d'ouverture. Cela reste dans l'univers assurance-vie — ce n'est pas un PER.
- Le passage assurance-vie → PER : depuis 2023, il n'existe plus de dispositif dédié. Il faut racheter tout ou partie de l'assurance-vie, puis verser librement sur un PER.
À retenir : en 2026, faire passer de l'argent de votre assurance-vie vers un PER = un rachat suivi d'un versement volontaire. Ce sont deux décisions fiscales séparées, avec chacune ses conséquences.
Pourquoi le « transfert » AV → PER n'existe plus depuis 2023 ?
Pour lancer le PER en 2019, le législateur avait créé une incitation à durée limitée. Un épargnant qui rachetait une assurance-vie de plus de 8 ans et réinvestissait la totalité sur un PER avant le 31 décembre de l'année bénéficiait d'un abattement doublé sur les plus-values : 9 200 € pour une personne seule et 18 400 € pour un couple, au lieu des 4 600 € / 9 200 € habituels. Condition supplémentaire : être à plus de 5 ans de l'âge légal de départ (donc avoir moins de 57 ans).
Ce coup de pouce a expiré le 31 décembre 2022. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2023, plus aucun régime de faveur ne relie l'assurance-vie au PER. Racheter aujourd'hui pour réinvestir n'ouvre donc aucun bonus fiscal spécifique : vous récupérez seulement l'abattement classique de l'assurance-vie après 8 ans.
Le « transfert » assurance-vie vers PER est aujourd'hui un mythe entretenu par des articles non mis à jour : depuis 2023, il ne reste qu'un rachat classique suivi d'un versement volontaire, sans passerelle fiscale.
Rachat puis versement sur PER : comment ça marche concrètement ?
La bascule se fait en deux temps, et chaque étape a sa fiscalité propre.
Étape 1 — Le rachat de l'assurance-vie
Vous demandez un rachat partiel ou total. Seule la part de plus-values comprise dans le rachat est taxée (le capital versé, lui, n'est jamais imposé). Après 8 ans de détention, vous profitez de l'abattement annuel de 4 600 € (célibataire) ou 9 200 € (couple) sur ces gains, puis d'un prélèvement réduit. S'ajoutent les prélèvements sociaux de 17,2 % : contrairement aux autres revenus du capital, l'assurance-vie n'est pas concernée par la hausse de CSG entrée en vigueur au 1ᵉʳ janvier 2026.
Étape 2 — Le versement volontaire sur le PER
Vous versez la somme récupérée sur un PER. Si vous optez pour la déductibilité, ce versement se déduit de votre revenu imposable dans la limite de votre plafond annuel. Pour 2026, ce plafond va jusqu'à 37 680 € pour un salarié (10 % des revenus 2025, plafonnés à 8 fois le PASS) et jusqu'à 88 911 € pour un travailleur non salarié. Nouveauté utile : le report des plafonds non utilisés passe de 3 à 5 ans. Pour approfondir le mécanisme, consultez notre guide des plafonds de déduction 2026.
Vigilance 2026 : depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, les versements volontaires effectués sur un PER après 70 ans ne sont plus déductibles du revenu imposable. Basculer une assurance-vie vers un PER passé cet âge perd donc l'essentiel de son intérêt.
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Comparer les meilleurs PER 2026 →Quels sont les avantages fiscaux d'un PER par rapport à l'assurance-vie ?
Le PER n'est pas « mieux » que l'assurance-vie : il est différent. Son intérêt se joue presque entièrement sur la déduction à l'entrée, d'autant plus forte que votre tranche marginale d'imposition (TMI) est élevée.
| Critère | Assurance-vie | PER individuel |
|---|---|---|
| Déduction des versements | Non | Oui (jusqu'à 37 680 € / 88 911 € en 2026) |
| Disponibilité de l'épargne | À tout moment | Bloquée jusqu'à la retraite (sauf 6 cas) |
| Abattement sur les gains | 4 600 € / 9 200 € après 8 ans | Aucun abattement de ce type |
| Prélèvements sociaux | 17,2 % | 17,2 % sur les gains à la sortie |
| Fiscalité à la sortie | Faible après 8 ans | Versements déduits réintégrés au revenu + PFU sur les gains |
| Transmission avant 70 ans | 152 500 € exonérés / bénéficiaire | 152 500 € (si décès avant 70 ans) |
En clair : un contribuable dans une TMI à 30 % ou 41 % transforme sa déduction en économie d'impôt immédiate, ce qui n'a pas d'équivalent en assurance-vie. À l'inverse, un épargnant faiblement imposé (TMI 0 ou 11 %) n'a presque rien à gagner à bloquer son épargne — il paiera l'impôt à la sortie sans avoir profité de la déduction à l'entrée. Notre comparatif détaillé PER ou assurance-vie pour la retraite chiffre ces cas de figure.
Quels sont les pièges à éviter avant de basculer son AV vers un PER ?
La bascule mal préparée détruit de la valeur. Voici les erreurs les plus fréquentes.
| Piège | Conséquence | Parade |
|---|---|---|
| Croire à un « transfert » sans rachat | Cristallisation d'impôt inattendue | Racheter en pilotant l'abattement 8 ans |
| Racheter en une seule fois | Plus-value au-delà de l'abattement annuel | Étaler les rachats sur 2-3 ans civils |
| Bloquer une épargne dont on a besoin | Argent indisponible avant la retraite | Ne basculer que l'excédent de long terme |
| Perdre l'antériorité fiscale de l'AV | Redémarrer le compteur des 8 ans | Conserver un socle sur le contrat d'origine |
| Verser après 70 ans | Plus de déduction depuis 2026 | Arbitrer avant l'anniversaire des 70 ans |
Le piège le plus coûteux reste le rachat total en une année : au-delà de l'abattement de 4 600 €, chaque euro de plus-value redevient imposable. En fractionnant les rachats sur deux ou trois années civiles, on multiplie d'autant l'abattement utilisable. Les indépendants et dirigeants ont souvent intérêt à faire valider l'arbitrage par un conseil, comme le rappellent les analyses d'iaCGP sur l'optimisation patrimoniale.
Assurance-vie ou PER : dans quels cas garder son contrat ?
Ne cédez pas à la mode. Gardez votre assurance-vie telle quelle si :
- votre TMI est faible (0 % ou 11 %) : la déduction PER ne vous rapporte presque rien ;
- vous pourriez avoir besoin de cette épargne avant la retraite (projet, coup dur, apport immobilier) ;
- votre contrat affiche un fonds euros performant ou des frais bas : un bon contrat ne se sacrifie pas ;
- vous êtes proche ou au-delà de 70 ans : l'avantage fiscal PER a largement fondu.
À l'inverse, la bascule d'une partie de l'épargne vers un PER a du sens pour un actif fortement imposé, à horizon retraite lointain, qui cherche à réduire son impôt sur le revenu tout en conservant un matelas disponible en assurance-vie. Les deux enveloppes sont complémentaires, pas rivales. Pour un panorama complet du fonctionnement du PER, la ressource de référence reste infoper.fr.
Avant toute décision, faites tourner les chiffres : montant à basculer, TMI, année de rachat, plafond de déduction disponible. C'est ce calcul, et non l'attrait d'un pseudo-transfert, qui doit guider l'arbitrage.